Ça s'est passé l'été dernier: parfois Pétronille présentait de façon aléatoire un manque de
puissance, particulièrement dans les faux-plats à haute vitesse (disons....65 km à l'heure)
La description que m’en faisait sa cavalière : "avancement par vagues", "obligée de rétrograder en
troisième"... me faisait penser à un défaut d’alimentation en essence mais, après vérification, tout s’était avéré sain: réservoir, aération du bouchon, filtre, robinet, carburateur, gicleurs,
niveau de cuve etc…
Je fis donc un essai: à peine sorti du village j’ai mis « la poignée dans le coin »:
après un km, voilà Pétronille qui n’en veut plus, « avance par vagues », le tout accompagné de petits ratatouillages, je réduit les gaz et tout rentre dans l’ordre. Pour moi il est
évident qu’il s’agit d’un défaut d’allumage et j’émet des doutes sur le condensateur, neuf depuis peu, car ce ne serait pas la première fois qu’un condensateur neuf rendrait l’âme.
Prudent, j’avais gardé l’ancien que je me suis empressé de remonter pour refaire le même
essai : sortie du village, poignée dans le coin, et...au même endroit, à quelques mètre près : même défaut !
Le retour à allure modérée se fit sans problème particulier.
Ce type de mauvais comportement de l’allumage qui n’intervient qu’à chaud me fait fortement penser
à un défaut d’isolement de la bobine haute tension. Il est en effet connu que les isolants utilisés à l’époque vieillissent mal et que ça se manifeste particulièrement à chaud. On lit çà et là
sur les forums de discussion que les Motobécane / Motoconfort de cette époque présentent bien une faiblesse de ce côté là, nombreux utilisateurs ont modifié le système en adaptant une bobine
haute tension extérieure moins vulnérable.
Non mais ces isolants qui commencent à donner des signes de faiblesse après seulement 55 ans d’usage, c’est
inadmissible. Sur la FN j’ai déjà dû faire rebobiner la magnéto, sur la traction j'ai dû changer la bobine...non, mais où va-t-on ?
Avant d’incriminer définitivement la bobine d’allumage, j’ai refait un essai avec une bougie
neuve, une NGK B7HS, écartement des électrodes à 0,4 mm, comme préconisé, à la place de la Champion H8C qui était réglée à 0,6 mm.
Même procédure d’essai, le premier km est passé avec succès, mais 200 mètres plus loin c’est la
panne d’allumage définitive avec le retour "à la poussette" qui s’ensuit. (la honte pour traverser le village)
Arrivé au garage, après démontage de la bougie, je trouve un cristal tout aussi fin et minuscule
que sournois entre les électrodes, qui prenait un malin plaisir à tout court-circuiter.

Il a suffit d’enlever ce cristal en glissant un morceau de papier entre les électrodes pour que le
moteur reparte au premier coup de kick.
Ce type de phénomène est (était) très fréquent sur les moteurs deux temps, ce cristal, à l’état
pâteux lorsqu’il se forme à haute température, prend souvent la forme d’une perle vitrifiée bien ronde en se solidifiant lors du refroidissement. Feue ma 125 Peugeot de 1949,
"sobriquément" appelée "la perleuse", était particulièrement coutumière du fait, ce qui m’a permis d'identifier le coupable au premier coup d'oeil.
Le perlage est un phénomène bien connu qui est sensible à beaucoup de facteurs, en premier
lieu la quantité et la composition de l’huile présente dans la chambre de combustion, c’est pour cette raison qu’il est principalement « réservé » aux moteurs deux temps. (le quatre temps de ma 500 FN aux copieuses remontées d’huile présente parfois un défaut analogue mais à basse température lors des fonctionnements prolongés à très faible
allure, mais il s’agit plutôt de dépôts de suies).
La température de fonctionnement intervient beaucoup. La richesse du mélange intervient
indirectement car elle influe sur la température de la combustion.
J’imagine que les caractéristiques de l’étincelle à la bougie doivent aussi avoir beaucoup
d’influence, en particulier que le fait de disposer d’une bonne énergie d'allumage doit permettre de garantir l’étincelle malgré la présence de résidus plus ou moins conducteurs entre les
électrodes. J’ai donc décidé de contrôler la bobine haute tension si souvent en cause.
J’ai tenu à faire le test sans aucun démontage pour ne pas risquer d'effacer la
cause du défaut.
Comment tester l'isolement d'une bobine HT?
La méthode est simple : après avoir écarté et isolé
les "vis platinées" par un morceau de papier entre les grains, le primaire de la bobine est alimenté par une pile de 4,5 v ou par une batterie de 6 v, je mesure la longueur maximum de
l’étincelle réalisable en provoquant des ruptures de l’alimentation.
Résultats.
1- Le moteur est encore chaud : en alimentant avec la pile de 4,5 volt, dès que les
électrodes sont écartées de plus de 1,5 mm, il n’y a plus d’étincelle à la bougie, par contre, j’entends très nettement une étincelle jaillir quelque part derrière le carter d’allumage….
2- Nouvel essai le lendemain alors que tout est refroidi : La pile de 4,5 volt ne peux pas
faire jaillir un étincelle de plus de 2 mm, mais je n’entends pas d’étincelle derrière le carter.
Quand j'alimente la bobine avec une batterie de 6 volt j'obtiens une belle étincelle bien nourrie de plus de 3 mm de
longueur, et quand j’écarte le fil HT de la masse du moteur jusqu’à extinction de l’étincelle il n’y a pas de claquage suspect derrière le carter.
3- Je fais chauffer le moteur pour refaire ce test et, en écartant les électrodes de bougie,
j’entends à nouveau les claquages d’étincelle suspects derrière le carter d’allumage alors que la bougie reste désespérément éteinte ;
La conclusion est claire, il y a bien un problème d’isolement: à chaud, le courant HT trouve un chemin plus facile
que celui de la bougie.
Changement de la bobine HT
Même si le rapport entre le perlage de la bougie et la qualité de la bobine peut paraître éloigné,
je décide de changer la bobine puisque un défaut d’isolement a été mis en évidence.
Les bobineurs contactés ayant un délai trop long, je choisis l’échange standard.
Je ne m’étendrai pas sur l’erreur d’adresse d’expédition, ni sur le "vous croyez qu’on n’a que ça à faire ?" en
réponse à ma demande de suivi du colis qui n’arrivait pas à l’adresse où je l’attendais….
La bobine est enfin arrivée. De toute évidence ce n’est pas du « plug and play ».
A : Pour sortir le fil de masse du primaire, plutôt que de
percer le flasque en bakélite celui-ci a été défoncé avec un poinçon, et, comme on n’a pas pris la peine d’enlever le gros éclat de bakélite soulevé par le poinçon (le clou?), ce fil doit le contourner en passant dans la zone d’appui de l'écrou / rondelle de fixation de la bobine. Si on ne corrige pas ça, ce sera un fil
cisaillé à coup sûr lors du serrage de l’écrou.

J'ai dû gratouiller très délicatement le morceau de bakélite sans blesser le fil pour dévier son chemin
hors de la zone d'appui de la rondelle.
B : J’ai déjà vu du fil haute tension mieux isolé que ça, il a fallu
refaire la liaison avec le support de fil de bougie en l’ajustant à la bonne longueur, (pas évident).

C : le fil du primaire ne sort pas du bon côté, (c'est probablement la
raison pour laquelle le flasque a été défoncé alors qu'il y avait le trou de passage du bon côté!) il a donc fallu bricoler, ce qui, vu le peu de place disponible relève de l'acrobatie.
Avec un peu de patience, un peu de doigté, une bonne réserve de gaines thermorétractables et
surtout l'envie d’y arriver, la bobine est enfin montée.
J’ai bien sûr vérifié les enroulements :au primaire : 0,9 Ohm, comme la bobine
d’origine et au secondaire : 5,76 kOhm pour 3,91 kOhm pour la bobine d’origine, le fil est-il plus fin ? y a-t-il plus de spires ?
Ce que je peux garantir, c’est qu’après remontage de l’ensemble, le moteur a redémarré comme
un jeune homme au deuxième coup de kick.
Vite un essai
Je vais jusqu’au bout de la rue, ça roule du tonnerre, j’ai fait un petit km quand je
reviens mais à 10 mètres du garage….pouf ! paf ! pif !, rataprout-prout-prout !, plus rien. Ca ressemble fortement à ce foutu perlage.
Pourtant la bougie est propre, pas de cristal ou perle suspecte entre les électrodes.
Je donne un coup de kick à vide, en observant les électrodes de la bougie en m’attendant à constater l’absence
d’étincelle mais là : du jamais vu :chaque coup de kick déclenche un train continu d’étincelles, de toute évidence non synchronisées avec le cycle du moteur.
Toute tentative de démarrage se solde par des « pifs » « paf »
« pouf » tantôt à l’admission tantôt à l’échappement.
Redémontage
Une photo vaut mieux qu’un discours : ce foutu fil qui ne sortait pas du bon côté et qu’il a fallu rallonger frottait
contre le volant magnétique et a tôt fait d’être cisaillé. Le primaire de la bobine, au lieu d’être normalement relié au rupteur, frottait contre les nombreuses aspérités du volant magnétique,
chaque faux-contact générant une étincelle à la bougie.

Remontage et essai
Après avoir trouvé un chemin plus sûr pour le fil en question, je ne m’étendrai pas sur le
remontage qui est devenu une routine, passons à l’essai sur route.
Même procédure : sortie du village, poignée dans le coin…… et……..même
ratatouillage exactement au même endroit. Je rentre à faible vitesse et je dois me rendre à
l’évidence : il ne s’agit que d’une question de perlage, l’ancienne bobine, même si elle présentait de réels défauts d’isolement à chaud, n’avait rien à voir dans tout ça.
De retour au garage je profite de ce que tout est bien chaud pour vérifier selon ma
procédure, que, même à chaud, l’isolement HT est correct : Ouf, ça claque toujours à la bougie et jamais ailleurs, je n'entends pas d'étincelle indésirable, je n’ai pas changé la bobine pour
rien !.
Sachant que la nature chimique de l’huile influe beaucoup sur le perlage, je fais la vidange
du moteur avec de l’huile neuve, de la 20W50, la moins chère qu'on trouve en grande surface, celle que j'utilise pour toutes mes vieilles, et je repars pour l'essai devenu désormais
routinier:
- sortie du village, poignée dans le coin......et là, miracle.... ce défaut
que je reproduisais à coup sûr, toujours au même endroit a définitivement disparu. J’ai eu beau faire une bonne vingtaine de km en recherchant les conditions les plus critiques pour le
provoquer : impossible de reproduire le moindre soupçon de défaut.
Depuis cette vidange, Pétronille à fait les sorties de Saint Salvadou (90 km), le rallye de
Millau (220 km), la balade des vendanges (110 km), une balade dans les Corbières (230 km), la sortie de Sommières (100 km)….. sans le moindre problème.
Même les moteurs à quatre temps ne digèrent pas toujours bien leur huile: telles les huîtres: leur bougie fait
parfois une perle.